Sauvons la démocratie

Pour la nième fois, les Congolais sont appelés à cogiter sur le futur proche de leur pays. Il y a déjà eu plusieurs forums dont l’objectif déclaré était celui-là. Mais ces différentes concertations ont-elles fait avancer le pays ? Toutes les précédentes n’ont-elles été que des échecs cuisants ? Que fait-on des résolutions qui s’y prennent, et pour lesquelles -en tout cas pour y arriver- l’Etat dépense toujours des millions ? Continuerons-nous donc indéfiniment à tourner en rond ?
Qui ces concertations arrangent-elles au finish, les participants (à travers l’incontournable per-diem, les voyages et autres éventuels avantages), les gouvernants (qui voient consolidé leur pouvoir, ou qui se voient propulsés sur le devant de la scène politique sans passer par les éprouvantes élections) ou le peuple enfin (qui, en réalité, ne s’est jamais retrouvé dans ces forums) ?
Parmi les concertations les plus significatives, à mon sens, depuis 1990, il y a la Conférence Nationale Souveraine et le Dialogue Inter-Congolais de Sun City. Ces deux forums ont eu une grande importance et une signification indéniable.
Pour la CNS, le pays, soumis à 25 ans d’une dictature grossière et barbare, était dans un processus d’affranchissement grâce à l’impétueux vent de la Perestroïka. Il devait donc radicalement changer de nature en passant de la dictature à la démocratie. Pour cela il fallait absolument faire une relecture de cette ténébreuse période et cogiter en vue de la nouvelle société que l’on s’apprêtait à mettre sur pied. Avec raison, un gouvernement d’union nationale fut formé.
Malheureusement, l’orgueil démesuré de Mobutu empêcha l’application des résolutions issues de ce forum. A son entrée, en 1997, l’AFDL cracha superbement sur le remarquable travail abattu, plus d’une année durant, du 7 août 1991 au 6 décembre 1992, au palais du peuple. Et le pays repartit de zéro.
Le Dialogue Inter-Congolais fut aussi important dans le sens où le pays devait également rompre avec un présent instable. Le Président autoproclamé venait d’être remplacé de manière tout à fait extraconstitutionnelle par son fils, et la guerre sévissait dans le pays avec plusieurs groupes armés dont les leaders tenaient chacun à être Président de la République.
Dans la recherche absolue de contenter tout le monde, Sun City, véritable festin où des ogres se partagèrent le gâteau congolais, accoucha d’un système de gouvernement unique en son genre, une hydre qui a été pittoresquement appelé 1+4. Ce fut également un gouvernement d’union nationale. Et le résultat fut celui qu’un gouvernement d’union nationale apporte.
Dans ce contexte, j’ai beau cherché la place des actuelles concertations, je ne la trouve pas. Car le pays est déjà lancé sur les voies démocratiques. La pratique de la démocratie en RDC est encore boiteuse, il est vrai, mais comme dans tous les pays du monde qui la pratiquent, elle doit aller s’améliorant.
Dans l’esprit de l’initiateur, il s’agissait certainement de la recherche d’une cohésion nationale. Il n’y était pas obligé, mais il a simplement voulu montrer que le pays nous appartient à tous et que, ceci appelant cela, chaque citoyen congolais se doit d’apporter sa pierre à son édification.
Pendant la période électorale, en effet, chaque camp cherche à assurer ses arrières, lutte pour acquérir le pouvoir. Mais entre deux élections, les vainqueurs gèrent, et tous les autres doivent vaquer à leurs occupations quotidiennes en contribuant au développement du pays. L’opposition ne veut absolument pas dire contrecarrer l’action du gouvernement, lutter à l’échec de son programme.
C’est dans cet esprit, je pense, que le Chef de l’Etat a appelé tous ses compatriotes à ces concertations, afin que chacun, à travers les représentants, apporte ce qu’il a dans l’amélioration de la vie sociétale.
Mais il fallait absolument compter sur la gloutonnerie légendaire de l’homme politique congolais pour qui le moindre appel au dialogue s’apparente à l’inévitable redistribution des cartes. A cause de cela, les futures concertations risquent de n’être que du déjà vu, du temps perdu dans un cirque.
Il nous faut absolument sauver la démocratie. L’actuelle équipe au pouvoir doit achever son mandat en 2016 et présenter son bilan. Des élections provinciales doivent être organisées l’année prochaine, et des élections générales doivent se tenir en 2016, après celles de 2006 et de 2011.
 » Requalification de la majorité « ,  » un nouveau gouvernement avec une équipe représentative composée de la nouvelle majorité avec l’actuelle majorité, l’opposition et la société civile « , c’est ni plus ni moins que du verbiage destiné à rouler le peuple dans la farine et à faire son beurre sur le dos de ce dernier en tirant les choses en longueur.
Jean-Claude Ntuala

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