Développer les entités de base

La conférence des gouverneurs de provinces s’est clôturée le mardi 19 mars dernier à Kananga chef-lieu de la province du Kasaï Occidental. Plusieurs recommandations ont été formulées à l’endroit du gouvernement central par les participants à ces assises.  A leur analyse, il  nous semble que le fon des problèmes qui freinent la bonne marche de nos provinces n’a pas été touché. Il vrai qu’il faut beaucoup de moyens pour développer ces entités politico administratives.  Mais les moyens seuls ne suffisent pas. C’est pourquoi, il s’avère prioritairement impérieux de commencer par réformer l’Etat congolais dans son ensemble et, par ricochet, les entités de base. Entendez ici les territoires et les secteurs.

Lorsqu’on fait la ronde de nos provinces, un constat amer saute aux yeux à savoir : la sous-administration de l’arrière-pays. Si au niveau des chefs-lieux de provinces, il existe encore un semblant de l’administration notamment celle liée au recouvrement des recettes, dans les territoires et les secteurs la léthargie est presque totale. Dans certains secteurs, les responsables ont même déserté leurs postes pour vaquer à des occupations lucratives étant donné que ni les salaires ni les frais de fonctionnement ne leur sont versés par le gouvernement.

C’est donc à juste titre que, lors de l’ouverture du Forum économique national qui se tient présentement à Kinshasa, le directeur des opérations de la Banque mondiale (BM) a demandé à la RDC de procéder à des profondes réformes si elle veut sortir des sentiers battus et amorcer son développement. Selon lui, la réforme de l’Etat est prioritaire, elle est cardinale parce que c’est elle qui est à la base de toutes les autres réformes.

Aujourd’hui, c’est Kinshasa, siège de toutes les institutions, que sont concentrés tous les services de l’Etat et de surcroît, le plus grand nombre de fonctionnaires. Même les ministères qui ont comme aires d’activités l’arrière pays notamment l’agriculture, le développement rural, l’environnement, les mines, le tourisme, etc. ont des effectifs très élevés dans la capitale, alors que c’est dans les provinces qu’ils  devraient être  nombreux.

A l’occasion du même forum, le ministre de l’Economie nationale a déploré le fait que la RDC dépense chaque année 1,3 milliard de dollars américains pour l’importation des produits alimentaires. Ce qui est inadmissible, a-t-il souligné, pour un pays comme la RDC aux fabuleuses potentialités agricoles naturelles. Dans ce secteur, c’est aussi le déficit de l’organisation qui est à l’origine de notre forte dépendance alimentaire vis-à-vis de l’extérieur. Comment pouvons-nous expliquer que les habitants de Moanda par exemple, une cité situé au bord de l’océan et dont les eaux logent une espèce halieutique fort prisée à savoir le sole, puissent se nourrir journalièrement des chinchards venus de la Namibie ? Cela parce que la célèbre  Pêcherie industrielle de Moanda (PIM) est morte de sa elle mort.

Dans le domaine industriel, excepté le Katanga et le Bas-Congo et dans une moindre mesure le Kasaï Oriental, le Maniema et la Province Orientale, les autres provinces sont dépourvues de petites et moyennes industries (PMI) et d’unités de transformation de produits agricoles. Dans le Bandundu par exemple, toutes les huileries qui absorbaient une grande main-d’œuvre ont mis  les clés sous paillasson après la triste zaïrianisation opérée par le régime mobutiste. Depuis lors, aucune politique de relance de ces unités de production n’a été ni conçu ni mise en œuvre.

La conséquence de cette sous-administration de l’arrière-pays et de manque d’industrialisation est la fuite des cerveaux vers les centres urbains et l’exode rural que la RDC connaît actuellement avec toutes les conséquences qui en découlent.

Pour amener nos provinces dans la  » modernité  » puisque c’est le terme en vogue, les autorités au niveau central sont invitées à provoquer un véritable tsunami dans la gestion de nos entités de base, centre d’impulsion de tout développement. Il faut créer des conditions qui  favorisent le retour au travail  productif de nombreux Congolais qui, de nature, sont disposés à  » casser les pierres  » quelle que soit leur grandeur. Aujourd’hui le cantonnage manuel est en voie de disparaître alors qu’il était prospère à l’époque coloniale et après l’indépendance. Pourquoi cette situation ?

Sans une administration performante, la RDC ne va pas sortir bientôt de l’ornière. On peut injecter autant de milliards de dollars américains dans les comptes de provinces mais tant que le pays ne dispose pas d’hommes capables et de structures appropriées, c’est comme si on jetait l’eau dans un tonneau de Danaïdes. C’est à la base que cette organisation doit se consolider.

Rombaut Ot.

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