Après Addis-Abeba, pensons dialogue

La signature, annoncée avec fracas et attendue avec une certaine fébrilité, de l’Accord cadre relatif au retour de la paix dans la partie Est de la République Démocratique du Congo, appartient désormais au passé. Mais la partie la plus importante, la plus délicate, de cet accord, reste maintenant sa mise en pratique.

Même à l’église, l’Amen ne garantit pas l’application par les fidèles des recommandations du pasteur, encore qu’aucune garantie n’est assurée quant au respect par le pasteur lui-même de tout ce qu’il débite sur la chaire. Dans le domaine politique, où la morale n’est jamais un critère d’acceptation, c’est encore pire. Les bonnes intentions ne manquent pas, des esprits élevés disposés à les appliquer correctement, tel que convenu, ne sont pas non plus une espèce disparue. Mais les réalités qu’offre la pratique de la politique, et cela à travers le monde, requièrent toujours, de la part des observateurs avertis, de la circonspection.

L’Accord qui a été signé à Addis-Abeba a mérité d’être salué par tous ceux que les questions de la RDC intéressent. Il appartient à présent à tous les signataires de respecter effectivement les engagements ainsi pris devant le représentant et patron de l’organisation mondiale, et de veiller à la stricte application des résolutions prises.

Mais il appartient surtout à la RDC, principale concernée, de prendre le taureau par les cornes en ôtant aux uns et aux autres les éventuelles raisons pouvant habiller les futurs appétits pyromanes.

Alors que se poursuivent encore les pourparlers Gouvernement-M23 à Kampala, l’actualité nationale congolaise polarisée quelques temps par la capitale éthiopienne revient sur le dialogue national qui prend de plus en plus corps au fil des jours.

En effet, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, la plupart de ceux qui critiquent la gestion actuelle de la RDC évoquent la bonne gouvernance. Certains d’entre ces critiques le disent en connaissance de cause. Mais pour bien d’autres, il ne s’agit-là que d’un nouveau vocabulaire politique, alléchant, qui montre qu’on est branché. La bonne gouvernance est un terme globalisant, qui a plusieurs points en son sein, et qui peut se résumer par la realpolitik.

Les uns et les autres veulent voir un Congo gouverné autrement, faisant réellement participer la population aux efforts vers l’émergence, condamnant les antivaleurs, punissant réellement les mauvais citoyens afin de les corriger et d’amener les autres à un respect effectif du bien public. Un Congo dépouillé du clientélisme, du favoritisme, du régionalisme, du tribalisme et qui fait plutôt l’apologie de la méritocratie. Un Congo dans lequel la justice distributive cessera d’être un terme tabou pour devenir une évidence.

Le dialogue ne doit pas constituer un piège pour le peuple, celui d’amener les acteurs politiques de tous bords à se retrouver finalement dans une messe noire devant conduire au tripatouillage de la Constitution. C’est en cela que constitue le souci de sauver la démocratie. Personne n’a le droit de chier sur tous les efforts consentis depuis plus de deux décennies maintenant. On ne doit pas avoir la mémoire courte. Nul ne doit cracher sur cette importante marée de sang, dont la quantité ne sera jamais appréciée à sa juste valeur, qui a accompagné la naissance de la démocratie dans notre pays.

La RDC a pris l’engagement de se lancer véritablement sur les voies devant la faire entrer dans le cercle des pays émergents. Elle doit résolument s’y mettre au lieu de rester dans des discours. Le vœu formulé en direction de différentes personnes qui prendront part au futur dialogue national se résume en trois points essentiels : évitons le piège, sauvons la démocratie et pratiquons enfin la bonne gouvernance.

Le dialogue doit être un lieu d’échange des idées pour le réajustement de ce qui trébuche car le pays appartient à tous les Congolais, perdants comme vainqueurs de 2011. Mais il serait indigeste, même glissant, que certains y aillent en pensant à leur repositionnement.

Les élections doivent demeurer le seul mode d’accès au pouvoir. Dialoguons, entre autres, en cogitant sur les mécanismes d’empêchement de la fraude électorale puisque c’est apparemment la véritable pierre d’achoppement. Apportons nos idées pour la formation d’une armée véritablement républicaine, forte, persuasive autant que dissuasive. Un si grand pays doit impérativement se doter d’un système de défense conséquent. La souveraineté, on ne la proclame pas. Après l’avoir acquise, on la défend. Il n’y a pas à se leurrer. Les rapports des nations entre elles sont et resteront éternellement ceux de force. Les larmes sont bonnes pour les faibles. Mais les faibles ne sont pas condamnés à le demeurer. Plus que jamais, la survivance appartient aux plus aptes. Et le Congo a tout pour être apte.

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