L’accord d’Addis-Abeba : devons-nous nous en réjouir ?

Il est souvent recommandé que chaque fois que les canons se taisent pour laisser la place à la diplomatie et à la palabre, même légèrement ambigüe, il faut se donner des raisons pour se réjouir. Pas pour se vautrer dans la jouissance, yeux fermés et armes au pied.

Nous ne devons pas oublier d’autre part la contribution de toutes les personnalités qui ont fait le déplacement d’Addis-Abeba pour être les parrains de cet accord.

C’est que, et c’est réconfortant pour nous, la crise qui sévit dans le Kivu ne laisse aucun de nos amis indifférent. La qualité même des personnalités qui étaient hier à AddisAbeba nous invite à faire de notre mieux pour que, de notre côté, sans être trop naïf, cet accord connaisse une application sans faille.

Au moins nous avons la preuve maintenant que dans les moments d’adversité, il est des amis qui ne nous laissent jamais tomber.

Comme on le sait aussi, le Kivu n’a pas encore fini de nous livrer ses surprises. S’il est pour nous un don précieux pour la variété de ses richesses du sol et du sous-sol, il est aussi l’objet de toutes nos insomnies. Que des richesses, exploitées par des gens venus pratiquement du monde entier soient aujourd’hui la cause de toutes les misères humaines qu’endurent nos compatriotes du Kivu, nous oblige à plus de conscience et de solidarité entre nous.

Au stade où nous en sommes, je me refuse à croire que cet accord tant attendu pourrait ressembler demain à une promesse qui n’engagerait que celui qui y croit. Parce que nous croyons en cet accord, nous devons mêmement nous investir pour sa meilleure application.

Il est cependant troublant qu’alors que cet accord, hier impossible est finalement signé, au même moment, des gens aux agenda pas toujours clairs s’activent du mieux qu’ils peuvent pour obtenir par tous les moyens la tenue d’un dialogue national dont on peut douter qu’il apporte quelque chose de significatif au pays.

Pour mieux brouiller les pistes, on commence ici et là à appeler ça concertations. On commence ce faisant à avoir affaire là à une guerre sémantique qui ne change rien au fait que cette messe destinée à réconcilier les congolais ne pouvait mieux tomber pour les animateurs du M23, devenus infréquentables grâce à la vigilance de la communauté internationale.

La question maintenant : quelles complémentarités peut-on établir entre ce qui s’est passé hier à Addis-Abeba et ce qui se prépare fiévreusement à Kinshasa, c’est-à-dire le dialogue national ? Il y a quelques similitudes que l’on peut aisément relever.

L’accord d’Addis-Abeba parle de paix, une dynamique dans laquelle le Rwanda, bras armé du M23, s’est engagé publiquement devant plusieurs témoins de marque. Or les problèmes de droit et de justice soulevés par Kagame dans son discours d’Addis-Abeba, ne concernent pas que les congolais ou ses protégés du M23. Même au Rwanda il se pose toujours quelques problèmes de droit et de justice. C’est ce qui explique d’ailleurs la présence sur le sol congolais, indépendant de sa volonté, de quelques groupuscules armés dont l’objectif est de libérer le Rwanda. A ce jour, jamais, même distrait, la RDC n’a permis qu’un  seul coup de feu soit tiré d’ici pour déstabiliser Kigali.

Le Rwanda a tort de jouer un jeu personnel et tribal. Nous ne pouvons accepter qu’émergent dans ce pays des bantoustans dans lesquels vivraient des gens appartenant rien qu’à la même tribu.

Kigali a tort d’inclure dans ses préoccupations de droit et de la justice les empoignades accidentelles qui empoisonnent par exemple les  » Bena Tshibuku  » et les  » Bakwa Mavwanga « . Empoignades consécutives au fait que les poules des uns et des autres ne respectent pas les frontières des cases de leurs maîtres respectifs. Ce sont là des problèmes qui relèvent de la compétence des autorités des territoires et du pouvoir judiciaire, tous les deux toujours opérationnels dans le pays.

On ne peut donc pas comprendre ni accepter que l’existence d’un problème, de droit ou de justice, autorise de soutenir les mécontents en leur fournissant des armes.

Il ne faut pas dénaturer l’accord qui vient d’être signé : notre goût immodéré pour des dialogues censés, nous amène à des consensus jamais stables, quelles que soient les époques, traduit tout le mépris que nous avons pour nos propres institutions. On voit le juge que l’on jalouse par moment, mais on ne veut rien savoir de l’institution pouvoir judiciaire auquel il appartient.

En cherchant en toutes les matières à être tous d’accord, nous ne faisons que trahir notre manque de culture de vivre dans une société structurée. Maintenant que nous avons cet accord, laissons travailler, chacune dans ses attributions constitutionnelles, les institutions de la République. Qui ne doivent pas être supplantées par des structures informelles appelées dialogue ou concertation nationale.

La paix que nous appelons de tous nos vœux ne concerne pas que le Kivu. Il faut qu’on la sente partout grâce à une  justice distribuée de manière juste et impartiale. Ainsi serons-nous sûrs que les témoins de l’accord d’hier continueront de nous accompagner dans notre quête de la paix sans la moindre hésitation.

Mankenda Voka

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