Dialogue national : Eviter le piège

L’année 2013 a démarré en RDC, sur le plan politique, avec la poursuite des pourparlers de Kampala, la capitale ougandaise, entre le Gouvernement et le mouvement rebelle M23. Alors que ces entretiens se poursuivent encore, l’on parle de plus en plus, dans le pays, d’un dialogue national, plusieurs fois réclamé par l’opposition, et annoncé finalement par le chef de l’Etat lui-même, qui doit se tenir bientôt.

Cependant, une bonne partie de la population s’interroge sur l’opportunité de ce nouveau dialogue. Il y a eu la CNS qui devait déboucher, à l’époque, sur l’organisation des élections générales dans le pays. Mais les jongleries du maréchal Mobutu avaient fait que cet important forum laisse finalement un arrière-goût d’inachevé chez tous les Congolais. Puis, l’AFDL est arrivée et a chassé Mobutu du pouvoir. Et il y a eu bien d’autres rencontres, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, jusqu’au Dialogue Inter-congolais de Sun City. En conséquence, les élections tant attendues et souhaitées avaient finalement commencé à être organisées depuis 2006.

Cinq ans plus tard, dans un respect appréciable du timing, de nouvelles élections se sont tenues dans le pays. Il serait donc irresponsable d’arrêter le train de la démocratie. Ce serait ni plus  ni moins que de le lancer, ce train, dans le vide, sans rails. Nous risquons de tomber de très haut.

Qu’est-ce qui est à la base de ce dialogue, la poussée d’adrénaline exercée par le M23 ou le mécontentement de la population ? Et dans l’éventualité de cette dernière alternative, de quelle population s’agit-il ? La masse qui souffre continuellement, ou plutôt les professionnels du partage du gâteau national, un terme indigeste, cruel, qui devait normalement être impropre à la consommation ?

Car personne n’est dupe. Lorsque les politiciens congolais demandent la tenue d’un quelconque dialogue, l’objectif final qu’ils visent est le repositionnement politique. Tous ces beaux discours relatifs aux élections mal organisées, à la fraude électorale, à la misère du peuple, à l’instabilité de la situation sécuritaire et nous en passons, ne sont que de l’embellissement, du blanchissement des tombeaux. Le fond du problème est ailleurs. C’est exactement comme un couple, un homme et sa femme, qui se chamaillent sur la place publique. Généralement, tout ce qu’ils se disent-là n’a rien à avoir avec le véritable casus belli.

Lorsqu’un pays est attaqué, tous les citoyens, quel que soit le bord auquel ils appartiennent, doivent se ranger derrière le Chef de l’Etat, qu’ils l’aiment ou pas, pour bouter dehors l’ennemi, avant de reprendre chacun ses positions en cherchant la résolution des questions d’intérêt national. Lorsqu’une certaine classe profite de la déstabilisation du pays par des tiers pour fragiliser le pouvoir en place, c’est de l’irresponsabilité et la recherche effrénée du pouvoir et de l’avoir.

Qu’il s’agisse du Rwanda, de l’Ouganda ou du M23, le qualificatif est le même et ne souffre d’aucun flou artistique. La présente déstabilisation de l’Est de la RDC l’est par une force ennemie. C’est pourquoi elle a été désignée par le terme Force négative. N’est-ce pas que l’enfant prodigue s’était lui-même  considéré comme un étranger ? C’est lorsqu’il s’était résolu à rentrer au bercail, sans poser la moindre condition, que son père l’accueillit comme faisant de nouveau partie de la famille.

La RDC s’est déjà lancée dans la voie de la démocratie. Les imperfections liées au balbutiement seront progressivement corrigées. Et on ne le fera pas en prenant les armes. En tuant ses propres compatriotes.

Nous ne cessons de le répéter, les élections de 2011 sont derrière nous. Regardons devant. Personne n’a le pouvoir d’arrêter le soleil dans son indépendante marche. Les actuels mandataires se sont vus octroyer un mandat de cinq ans. Aujourd’hui ils n’en ont plus que moins de quatre. Demain, ce sera encore moins. Les politiciens doivent faire preuve d’abnégation et penser réellement au peuple. Ils doivent se surpasser.

Des mécontents, il y en aura toujours. Après n’importe quel scrutin. Après Sun City, il y en a eu. Et il y en aura après le fameux prochain dialogue national, si on y ira pour redistribuer les cartes. Ces futurs mécontents demanderont-ils encore un dialogue ?

Depuis que le chef de l’Etat a lancé son plan de cinq chantiers, il y a un refrain que l’on entend souvent dans ce pays :  » le Président a oublié un chantier, le sixième, qui devait en réalité être le premier. Ce chantier, c’est l’homme congolais « . Le Congolais a tellement perdu ses repères qu’il constitue un grand chantier.

Quand est-ce que les politiciens congolais, tout en cherchant à gagner sa vie, fera du bien du peuple sa réelle préoccupation ? Qui a déjà oublié que la grande majorité de députés de la législature passée refusaient catégoriquement l’amélioration de la santé salariale des fonctionnaires pendant qu’ils exigeaient, en même temps, la multiplication par deux de leurs propres émoluments qui, soit dit en passant, sont déjà rondouillards ? Emu, leur Président rétorqua même à l’un d’eux, pasteur de son état :  » Même vous un pasteur ? « 

   Il n’est pas interdit de dialoguer entre frères. Cela est même très souhaitable. Mais l’ordre du jour doit être précis et clair. Il faut impérativement éviter de glisser en tombant dans un piège. Il faut sauver la démocratie. Tous les compatriotes doivent intérioriser le fait que les élections sont la seule voie d’accès au pouvoir.

Jean-Claude Ntuala

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