La Congolaise Furaha Bahati : une courageuse survivante de viol

Furaha Bahati, la trentaine, est l’une des nombreuses femmes à avoir été violées dans la province du Nord Kivu en République Démocratique du Congo (RDC). Il est aujourd’hui établi que ses agresseurs étaient des rebelles des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda. Ceux-ci sont arrivés sur le sol congolais à la suite du génocide rwandais en 1994 et en sus de leurs armes et machettes, le viol était pour eux une arme de guerre par excellence.

Après des années de stress et de stigmatisation – une femme violée est rejetée en RDC – Furaha Bahati a résisté à ces marques d’ostracisme et lutté pour sa réintégration sociale, en dépit de son mariage brisé. Aujourd’hui, elle a repris une vie normale dans la communauté, après plus de trois années passées dans un centre de prise en charge psychologique pour les femmes victimes de viols dans la ville de Goma, la capitale provinciale du Nord Kivu.

Cette mère de trois enfants a survécu grâce à son courage et à l’appui de quelques personnes de bonne volonté qu’elle a côtoyées à l’issue du drame qu’elle a vécu. En sus de l’encadrement psychologique, Furaha Bahati a pris des cours de coupe, de couture et de coiffure. Grand bien lui en a fait car elle est aujourd’hui directrice d’une petite entreprise qu’elle a montée. Elle emploie et encadre une dizaine de jeunes filles dont la plupart y viennent apprendre le métier.

Furaha Bahati reconnaît tout de même que son intégration n’a pas été facile en raison du caractère honteux que l’opinion publique attribue au viol. A plusieurs reprises, elle s’est sentie seule dans Goma, une ville qui compte pourtant plus d’un demi-million d’habitants. Pour elle, « c’était trop fort parfois mais ce sont les réalités de la vie », même si c’est à contrecœur et forcée qu’elle a dû quitter son toit conjugal, laissant derrière elle mari et enfants.

Aujourd’hui, elle reprend sa place dans la société grâce à ses activités génératrices de revenus. En effet, c’est avec une patience d’ange qu’elle a amassé sou pour sou et ouvert un salon de coiffure et un atelier de couture pour dames en plein centre ville de Goma. C’était en 2010. En deux ans, ces établissements se sont fait une bonne réputation. Que ce soit le salon de coiffure ou l’atelier de couture, en week-end, ils ne désemplissent pas. Ils sont fréquentés non seulement par les habitants du quartier mais également par les Rwandaises vivant à Goma. Celles-ci sont agréablement surprises par la qualité du travail et par le sérieux du personnel employé par Furaha Bahati.

Il faut dire que la directrice sait organiser son travail et que ses établissements travaillent six jours sur sept. Et lorsque la demande est grande, Furaha Bahati n’hésite pas à ouvrir salon et atelier le dimanche pour satisfaire la clientèle. Aujourd’hui, la maison « Furaha » signifiant « la joie » en français, se distingue des autres établissements du genre. Grâce à sa ténacité et sa persévérance, Furaha Bahati a réussi à s’imposer dans la société congolaise.

Elle plaide pour que cessent les violences sexuelles faites à la femme et pour que les principaux auteurs subissent la rigueur de la loi afin de tenter de dissuader tous ceux qui voudront utiliser le viol comme arme de guerre. « J’invite aussi les autres femmes qui ont subi des viols à se départir de la honte et du complexe d’infériorité qui les saisit à la gorge et qu’elles dénoncent les sévices dont elles ont fait l’objet. Ce n’est qu’ainsi qu’elles pourront avancer dans la vie. Nous devons croire en nos capacités de nous relever des épreuves qui nous font chuter, d’être des éducatrices de la nation et des pacifistes capables d’apporter des pistes de solutions aux nombreux problèmes qui ébranlent et divisent la société congolaise aujourd’hui. » C’est ce qu’on appelle une forte femme. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.

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