Dakar va-t-il nous voler la vedette de la Francophonie ?

Cette question d’une banalité affligeante est sur toutes les lèvres en ce moment. Parce que comme on le sait, c’est cette semaine que la Francophonie entre dans sa phase existentielle en terre congolaise. A cette occasion, la première pour la RDC, le président François Hollande, le plus impatiemment des hôtes attendus à ce sommet, foulera pour la première fois aussi le sol congolais.

Ce sommet historique que nous avons appelé de tous nos vœux, aujourd’hui exaucés, est condamné à réussir. Dans le but de corriger l’image fortement abîmée de la République auprès d’une fraction non négligeable de l’opinion internationale.

Si les Congolais attendent, comme ils le promettent, d’accueillir tous les illustres hôtes de ce sommet avec toute la chaleur voulue, il n’en demeure pas moins que des questions qui n’étaient pas au rendez-vous hier, commencent à se poser. Sur l’opportunité, par exemple, de l’escale dakaroise de François Hollande. Dont on dit par ailleurs que c’est de Dakar, où il prononcera un discours important devant les députés sénégalais qu’il partira pour rejoindre Kinshasa. Le discours de Dakar corrigera, dit-on ici et là, celui prononcé en son temps, et dans les mêmes lieux, par Nicolas Sarkozy.

A Kinshasa par contre, affirment diverses sources, le président français n’y prononcera qu’un discours protocolaire de sept minutes environ. Et dire qu’à Kinshasa François Hollande ne fera que passer.

Devant cet aréopage des gens qui viennent du monde entier, François Hollande peut-il en conscience se permettre de prononcer à Kinshasa un discours qui ne pèsera d’aucun poids face à celui qu’il fera à Dakar ? L’inquiétude maintenant. A laquelle  de ces deux prestations les nombreux médias internationaux qui ont effectué le déplacement de Kinshasa vont-ils accorder leur plus grande attention ?

Dakar ou Kinshasa qui est sa première sortie diplomatique de taille dans le cadre de la Francophonie ?

Parce qu’il parle d’abord à Dakar, que croit-il que les Congolais vont voir dans cette démarche sinon une volonté délibérée de leur voler la vedette de leur sommet de Kinshasa. En éparpillant l’attention des médias internationaux entre Dakar et Kinshasa, François Hollande cherche, croit-on savoir, à faire d’une pierre deux coups. Se soumettre sans enthousiasme et sans trop y croire non plus à ses obligations protocolaires vis-à-vis de la Francophonie, et faire en même temps plaisir à ceux de congolais, friands de spectacle, qui n’ont jamais voulu, pour des raisons farfelues, de la tenue de ce sommet à Kinshasa.

En cherchant à banaliser son message de Kinshasa, François Hollande risque de commettre  deux grosses erreurs politiques. La première. A Dakar, il ne fera rien d’autre que de tenter de corriger, sans que personne ne l’ait lui est demandé le discours tant décrié de Nicolas Sarkozy.

Malheureusement, en le faisant il ne se donne aucune chance de sortir grand aux yeux aussi bien de l’opinion française qu’internationale. L’une et l’autre trouveront là un besoin inexplicable qu’éprouve un président normalement élu, mais toujours préoccupé à détricoter l’image de son prédécesseur partout où il le peut. Toutes les raisons étant bonnes pourvu qu’elles lui permettent de régler ses comptes à Sarkozy. Dont on sait tout le plaisir qu’il prend à voir son successeur passer beaucoup de son temps à s’acharner contre tout ce qu’il a fait de bon et de moins bon.

C’est ce qui fait dire d’ailleurs au très sarkozyste Alain Carignon que  » Hollande est le premier agent de propagande de Nicolas Sarkozy  » (L’Express n°3195 du 26 septembre 2012). Autrement dit, le meilleur endroit aujourd’hui pour répondre au message de Sarkozy c’est Kinshasa. Le faire à Dakar, va le faire passer pour quelqu’un qui a constamment besoin de l’ombre de Sarkozy pour mieux avancer. C’est quelque chose de contre-productif, qui risque, à très court terme, de se retourner contre lui.

D’autre part, venir et rester quelques pauvres heures seulement en RDC, un pays appelé à être un partenaire commercial d’envergure pour la France, n’est pas de nature à rehausser son image, surtout dans son pays. Qui attend qu’il fasse prestement la politique autrement que Nicolas Sarkozy.

La deuxième erreur. François Hollande semble ignorer qu’en politique même les écrits s’envolent. On chante partout qu’il va rencontrer les leaders de l’opposition dans toute sa diversité et ceux de la société civile. Où voit-on une nouveauté là-dedans que d’aucuns tentent de monter en épingle ?

Que Hollande s’entretienne, ce qui n’est que normal, avec Tshisekedi notamment, en quoi cela peut-il être assimilé à un camouflet contre Kabila ?

Celui-ci en visite en France ne commettrait aucune faute diplomatique en allant saluer Fillon, Copé ou même Sarkozy.

Le fait même que le président français va échanger avec des personnalités de la société civile et celles de toutes les chapelles politiques du pays, est une preuve que la démocratie n’est pas un vain mot dans ce pays. Elle balbutie, certes, mais elle fait tout pour exister et se consolider.

Que l’on soit occupé à l’améliorer n’induit aucunement qu’elle n’existe pas.

Mankenda Voka

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